mardi 28 octobre 2008

Traité d'Héraldique - Michel Pastoureau




L'héraldique est la science qui a pour objet l'étude des armoiries.
C'est une discipline qui, en France, a parfois mauvaise réputation.....
l'héraldique est aujourd'hui encore méprisée par de nombreux chercheurs - historiens ou archéologues - qui ignorent la longue évolution des usages armoriaux et qui s'obstinent à voir dans les armoiries des marques nobiliaires.
Or rien n'est plus faux.
On ne répétera jamais assez qu'à aucun moment, dans aucune région d'Europe occidentale, l'emploi des armoiries n'a été l'apanage d'une classe sociale.
Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, chacun, noble ou roturier, a pu, toujours et partout, adopter des armoiries (à la seule condition de ne pas prendre celles d'autrui) et en faire l'utilisation de son choix.
L'oeuvre de la Révolution est peut-être ici en cause, qui par une aberration que rien ne semblait justifier à une époque où la moitié des armoiries françaises effectivement portées étaient des armoiries roturières, vit dans les armoiries des «marques de noblesse» et des «signes de la féodalité», et en décréta l'abolition le 19 juin 1790.
Il est des mythes qui ont la vie dure, et celui qui assimile armoiries et noblesse est de ceux-là. D'une certaine manière, la chasse aux armoiries qui sévit entre 1793 et 1796 exerce encore ses prolongements aujourd'hui.

A l'heure actuelle, dans aucun pays d'Europe, il n'existe un enseignement régulier de l'héraldique. L'École des chartes, à Paris, est le seul établissement d'enseignement supérieur qui dispense, sous forme de conférences ayant lieu tous les trois ans, un cours d'initiation à l'étude des armoiries. Nombreux sont dans le monde les conservateurs d'archives, de musées et de bibliothèques qui sont formés aux différentes sciences auxiliaires de l'histoire sauf à celle-là, et qui, par-là même, se trouvent quotidiennement déroutés devant un document ou un monument armorié.