jeudi 19 février 2009

A propos des Pèlerinages - René Guénon


« Notons tout d'abord que le mot latin peregrinus, d'où vient "pèlerin", signifie à la fois "voyageur" et "étranger".
Cette simple remarque donne lieu déjà à des rapprochements assez curieux : en effet, d'une part, parmi les compagnons, il en est qui se qualifient de "passant" et d'autres d'"étrangers", ce qui correspond précisément aux deux sens de peregrinus ( lesquels se trouvent d'ailleurs aussi dans l'hébreu gershôn) ; d’autre part, dans la Maçonnerie, même moderne et « spéculative », les épreuves symboliques de l’initiation sont appelées « voyages ». D’ailleurs, dans beaucoup de traditions diverses, les différents stades initiatiques sont souvent décrits comme les étapes d’un voyage…. »

« Mais revenons aux pèlerins : on sait que leurs signes distinctifs étaient la coquille (dite de saint Jacques) et le bâton ; ce dernier, qui a aussi un étroit rapport avec la canne compagnonnique, est naturellement un attribut du voyageur, mais il a bien d’autre significations, et peut-être consacrerons-nous quelque jour à cette question une étude spéciale. Quant à la coquille, en certaines régions, elle était appelée « creusille », et ce mot doit être rapproché de celui de « creuset », ce qui nous ramène à l’idée d’épreuves, envisagée plus particulièrement selon un symbolisme alchimique, et entendue dans le sens de la « purification », la Katharsis des Pythagoriciens, qui était précisément la phase préparatoire de l’initiation. »

(Extrait : « A propos des Pèlerinages » - René Guénon – 1930)