lundi 27 août 2012

Du tourisme au pèlerinage



Bien que les esprits des lieux échappent à l’analyse de la science mécaniste, leur importance est implicitement reconnue par les touristes qui visitent les sites célèbres en raison de leurs histoires particulières.
Le tourisme est une industrie moderne importante, qui rapporte des milliards de dollars par an. 

Nombre de lieux qui attirent les touristes sont d’anciens sites sacrés ; en Angleterre : Stonehenge, l’abbaye de Westminster, Galstonbury ; en Egypte : les temples, les tombeaux et les pyramides ; en France : les grottes de Lascaux, les cathédrales telle que Chartres ; au Mexique : temple mayas ; les temples vivants d’inde et de Bali, les villes saintes telles que Rome et Jérusalem, les montagnes sacrées comme l’Himalaya, etc.


 
Le tourisme est une forme de pèlerinage sécularisée ou inconsciente. 

En fait, de nombreuses attractions touristiques étaient autrefois des lieux de pèlerinage et le sont toujours. 
Mais alors que les pèlerins visitaient un lieu saint par dévotion religieuse, les touristes le visitent en spectateurs plus ou moins indifférents. 

Les pèlerins participaient aux qualités sacrées du lieu et aux dévotions qui y étaient pratiquées ; les touristes, non. 
 Les pèlerins enrichissaient la puissance d’un lieu sacré ; les touristes l’appauvrissent.



Le facteur principal d’un pèlerinage est l’intention. 
Si nous nous rendons en pèlerins dans un lieu sacré, nous le faisons dans l’espoir d’être inspirés ou bénis, ou pour y rendre action de grâces. 
Nous pouvons nourrir nos intentions en apprenant l’histoire du lieu et de son esprit et en nous intéressant aux expériences d’autrui. 

Le voyage en soi fait autant partie du pèlerinage que l’arrivée à destination, et la recherche du confort n’est pas l’objectif premier ; s’en souvenir nous permet de mieux affronter les difficultés que nous risquons de rencontrer.


Il est préférable de terminer le voyage à pied, pour mieux percevoir l’humeur du lieu et s’adapter au rythme ancien de la marche. 
Il est courant de tourner, pour commencer, autour du lieu sacré ; c’est une façon de reconnaître sa centralité. 
Dans la plupart des traditions, cette marche s’effectue dans le sens de la course du soleil ou des aiguilles d’une montre, mais dans autres, les Bons du Tibet et les musulmans de la Mecque, le sens est inversé. 


Puis, ayant pénétré dans le sacré, il est de coutume de faire des offrandes, d’allumer bougies ou de brûler de l’encens. Il convient aussi de prier. 

On peut ramener des souvenirs chez soi pour les partager avec les siens – de l’eau bénite ou certaines offrandes bénies et rendues au donateur.

Je crois que nous aurions beaucoup à gagner à voir les touristes redevenir des pèlerins. 
Se rendre dans un lieu sacré en touriste, c’est appauvrir la charge du lieu, mais s’y rendre en pèlerin, c’est l’enrichir.
La transformation du tourisme en pèlerinage jouera, dans nos existences tant personnelles que collectives, un rôle majeur dans le processus de resacralisation de la Terre.

(Extrait de « L’Âme de la nature », de Rupert Sheldrake .)